Congrès extraordinaire: Nous sommes inquiets
Par Marine Roussillon le lundi 2 juillet 2007, 10:47 - Congrès - Lien permanent
Texte rédigé et signé par des communistes parisiens.
La séquence électorale qui s’achève a montré que le Parti communiste peut progresser là où il est capable de défendre une ligne claire et où il bénéficie d’une activité militante de terrain. Ce constat nous permet de poser les questions auxquelles le Parti communiste doit répondre aujourd’hui.
Premièrement, comment tracer une ligne claire, en rupture avec les ambiguïtés des derniers congrès ? Nous ne voulons plus d’orientation incohérente, visant non à rassembler sur un discours commun, mais à dissimuler les différences en entretenant la confusion. Nous ne voulons plus d’une direction de compromis, dépourvue de la légitimité nécessaire à l’action, et faisant la part belle à tous les discours minoritaires. Le Congrès devra permettre aux militants – et non à des personnalités qui ne représentent qu’elles mêmes – de définir une orientation commune, claire et majoritaire.
Deuxièmement, comment faire en sorte que cette ligne soit mobilisatrice ? Tout communiste qui a participé avec attention à une Assemblée Générale de section a pu constater que les sensibilités ou tendances qui semblent exister au sein du CN et prévalent trop souvent dans les prises de décision qui en émanent, ne correspondent pas à la réalité militante : il faut donc rompre avec une lecture du Parti fausse et écouter la riche complexité de la pensée des militants. Voilà ce qui nous semble être la seule justification à la tenue d’un congrès en décembre.
Or, pour construire une ligne claire et mobilisatrice, le congrès doit être le lieu d’une élaboration à la fois collective et transparente. C’est pourquoi les dernières déclarations de Marie-George Buffet et du Conseil National suscitent notre inquiétude.
• La dissociation des deux congrès
L’organisation de deux congrès à un an d’intervalle, qui dissocie le choix de la ligne et celui de la direction, peut donner aux militants l’impression d’être écartés des véritables décisions. Ce congrès « extraordinaire » ne serait-il qu’un écran de fumée pour nous faire oublier les défaites et les divisions de ces derniers mois ?
Pour cette raison, nous demandons à ce que les deux congrès annoncés en décembre 2007 et fin 2008 soient annulés et remplacés par un congrès en décembre 2007, avec une organisation conforme aux statuts adoptés en 2006. Cela passe par l’élaboration collective d’une ligne à partir d’une base commune votée puis amendée par les militants et par la remise en jeu de tous les postes de direction. Soulignons que ceci nécessite une véritable réflexion sur la nature du rôle de la direction, ainsi que sur les modes de son élection.
• Le congrès et la recomposition de la gauche (PS, Les Verts)
Autre façon de négliger les militants, remplacer les véritables questions qu’ils se posent après ces années difficiles par le débat sur la recomposition de la gauche. Cette question est à l’ordre du jour dans les médias. Elle nous vient du Parti Socialiste, qui s’y cherche une raison d’être, des expériences européennes dont les succès électoraux répondent à nos échecs, et du sein même de notre Parti, où, en l’absence de ligne et de direction, les esprits s’égayent et rêvent, qui d’un PCF nouveau, qui d’un grand parti de gauche ou d’extrême gauche, offrant aux médias l’image d’un désordre que l’on espère créateur. Nous ne pouvons ignorer cette question, mais pour y répondre clairement, nous devons partir de nos propres interrogations, de notre propre expérience de communistes.
Cette expérience n’est pas celle du « déclin structurel » évoqué par Marie-George Buffet dans son rapport, mais celle de l’échec – et parfois, aux législatives, du succès – de différentes stratégies. C’est pourquoi nous affirmons qu’en aucun cas la disparition du Parti Communiste, comme structure ou comme nom, ne doit être considérée comme une solution. Le problème est stratégique et politique avant d’être formel. Le PCF est un outil au service d’hommes et d’idées. À qui servons-nous ? Quelles idées défendons-nous ? Ce sont ces questions qu’il faut trancher.
Les interrogations sur cette fameuse « recomposition » semblent parfois vouloir camoufler les véritables questions des communistes, au risque de refuser, encore une fois, de débattre des problèmes les plus essentiels. Tentons donc de construire une réflexion dont le point de départ ne serait pas les problèmes imposés de l’extérieur mais les expériences et les doutes des militants communistes.
• Le questionnaire
Le relevé de décision du dernier CN évoque un « questionnaire, adressé à tous les membres du PCF d’ici à octobre visant à mieux appréhender leur point de vue ». Nous avons deux objections. Premièrement, si le système des amendements et des bases communes péchait par son manque de transparence, ce questionnaire ne permet toujours pas de résoudre le problème. En effet, qui concevra le questionnaire ? Qui le dépouillera ? Avec quelle méthode ?
Deuxièmement, la démarche même du questionnaire, la nature de ce type de consultation, conduit à additionner des positions individuelles plutôt qu’à construire collectivement une position commune. Seuls le dialogue et l’élaboration collective peuvent nous libérer de la pensée spontanée et de l’idéologie dominante. En outre, l’addition de positions individuelles ne peut qu’exacerber les divisions du Parti au lieu de les dépasser dans la construction d’un discours commun. Pourquoi ne pas utiliser les lieux de discussion existant dans le Parti, la cellule, la section, les conseils départemental et national, pour permettre à chacun d’enrichir la pensée de tous, et ce tout au long de l’année ?
• Le vaste débat populaire
Toujours dans le relevé de décisions du CN, nous lisons qu’« à l’échelle nationale comme locale, la création d’espaces d’échange et de confrontation, de forums ou de groupes de travail initiés par le Parti communiste ou d’autres, favoriseront la participation de tous les communistes, de tous les progressistes qui le désirent à cet effort partagé » (sic).
Il faut prendre garde à ne pas voler ce congrès aux militants communistes, à force d’ « ouverture » et de « grands débats populaires ». Nous avons besoin d’élaborer ensemble le communisme de demain. Ne laissons pas des experts trancher les débats des communistes. Ce serait le meilleur moyen de les démobiliser. Construisons un discours communiste, que nous pourrons ensuite proposer, partager, et faire évoluer.
Pour reprendre en détails la proposition qui nous est faite : « au niveau local », « l’échange et la confrontation » font déjà le quotidien de notre militantisme. Les sympathisants communistes ou progressistes sont nos interlocuteurs sur les marchés, lors des initiatives hebdomadaires et jusque dans nos assemblées générales qui leur sont le plus souvent ouvertes. En revanche, l’idée que des individus ou des organisations extérieurs au PCF puissent animer des discussions sur nos questions de congrès nous semble aberrante. Ainsi, accepterions-nous que des militants ou des citoyens, actifs dans la campagne contre Marie-George Buffet au nom de l’effacement du PCF, puissent aujourd’hui imposer de l’extérieur leur position aux militants communistes ? C’est aux militants de décider de l’avenir du PCF – libre à tous ceux qui le souhaitent d’adhérer.
Quant au niveau national, la proposition du CN laisse présager la création d’une structure rassemblant des personnalités d’horizons différents (structure qui serait du type « collectif national » ou « comité de campagne »). Comment imaginer qu’une telle structure s’en tiendra à l’animation des débats sans empiéter sur les décisions qui relèvent de la souveraineté des adhérents ? En outre, comment définir nos partenaires (qui sont les « communistes et progressistes » ?) alors que cette définition est l’enjeu principal du congrès ? Il est donc difficile de ne pas voir dans cette proposition d’organisation du congrès les signes de la volonté d’imposer par avance des réponses qui n’auront malheureusement rien de nouveau.
Pour finir, nous sommes convaincus que la véritable démocratie ne peut se passer de règles, et qu’elle fonctionne d’autant mieux que ces règles sont comprises par tous. En changeant de mode de fonctionnement à chaque Congrès depuis plus de dix ans, les directions successives du Parti contribuent à rendre le fonctionnement du Congrès opaque et incompréhensible. Tenons-nous en à nos statuts, même s’ils sont imparfaits, améliorons-les progressivement, avec prudence, et ainsi nous donnerons les moyens aux militants de comprendre les règles du jeu et de s’en emparer.
• Les élections municipales et cantonales
Comme en passant, le relevé de décisions du CN indique que « la préparation des élections cantonales et municipales fera l’objet d’un CN spécifique en septembre ». Les militants communistes ont donc les deux mois d’été pour se remettre des campagnes qui s’achèvent, préparer la Fête de l’Humanité, répondre au fameux questionnaire, et s’il leur reste du temps, se poser la question des alliances opportunes pour les prochaines échéances électorales. Ne parlons même pas des mesures anti-sociales de la droite et des luttes qu’il faudra bien mener. Ce calendrier rend manifestement impossible la participation des communistes aux décisions qui les concernent. Il est peu probable que les militants se mobiliseront pour défendre des décisions qu’ils n’auront pas prises et des candidatures qu’ils n’auront pas choisies. Nous affirmons, puisqu’il semble qu’il soit nécessaire de le faire, que le choix de nos candidats n’est pas une mince affaire qui doit se régler en un CN. Il est urgent d’y réfléchir, et les décisions doivent être prises au moins en octobre afin de pouvoir mener la campagne correctement.
Voilà pourquoi nous espérons que les militants donneront la priorité aux luttes sociales et électorales à mener et à la réflexion collective qu’elles permettent de construire. Voilà pourquoi nous demandons la tenue d’un seul congrès, conforme à nos statuts qui se donne pour but de définir une ligne politique claire et mobilisatrice, élaborée collectivement par les adhérents du PCF, et de choisir une direction pour l’appliquer.
Sont rédacteurs et signataires de ce texte des militants communistes parisiens, par ordre alphabétique :
Amar Bellal (PCF 20e),
Jonathan Chenal (secrétaire de cellule dans le 19e arrondissement),
Gilles Gourlot (militant PCF 20e),
Olivier Imbert (CE PCF 20e)
Philippe Lelong (CE PCF 20e),
Stéphanie Loncle (PCF 11ème),
Pasquale Noizet (Conseil départemental Paris - CA et CE du PCF 20ème),
Astrée Questiaux (militante PCF 20ème – Responsable UEC Sorbonne),
Gilles Questiaux (CE PCF 20ème),
Olivier Ritz (PCF 12ème),
Marine Roussillon (PCF 5ème),
Agnès Schwab (PCF 5e),
Élodie Tuaillon (PCF 17e).
Commentaires
bonsoir
pas grand chose à rajouter à votre article sauf que je partage ce que vous dîtes.
J'ai une assemblée de militants du département (28)mercredi soir.
J'ai commencé à préparer quelques éléments de discusion. Je pourrai y ajouter que d'autres militants partagent mes intérrogations.
Fraternellement
Raymond
Ok, je partage ce qui est dis. et j'utlise déjà vos judicieuses remarques pour aller vers un "vrai congrès" dans lequel "les militants" retrouveront le coeur de notre organisation.
Merci pour ce beau travail.
Pourquoi signer le texte "nous sommes inquiets" ?
L'épisode douloureux des collectifs nous a montré où cela menait quand on ne se dote pas d'un minimum de règles de fonctionnement et/ou que l'on ne les respecte pas : dans le mur. L'URSS nous a également montré où cela menait de ne pas avoir des règles démocratiques d'exercice du pouvoir, ou de ne pas les respecter : dans le mur (qui est tombé depuis).
Dans une note de novembre 2005 (http://alter-politique.blogs.com/al...), je faisais référence à un document essentiel rédigé par un certain Patrice Cohen-Seat du PCF, concernant les propositions pour une VIème république. Ce document est l'un de ceux qui m'ont convaincu que le PCF avait su analyser l'échec de l'URSS et en tirer plusieurs enseignements, en particulier en matière de démocratie, d'accession et d'exercice du pouvoir (lire aussi cette note d'octobre 2005 : http://alter-politique.blogs.com/al...).
Je serai de ceux qui seront de la plus grande vigilance en ce domaine, il en va de notre avenir et de notre crédibilité politique : pour ce qui est de la démocratie et du respect des règles de fonctionnement dont nous nous dotons, nous devons être exemplaires.
C'est pour ces raisons que je suis signataire du texte "Nous sommes inquiets", bien que je ne souscrive pas forcément à 100% à tout ce qu'il contient (ou que je ne l'aurais pas dit comme ça).
Alors que pouvons-nous faire ?
Mais c'est très simple. Revenons-en aux textes. Le Conseil National du PCF a valablement convoqué un "congrès extraordinaire". Quel que soit le contenu des débats préalables (où tout et son contraire peut être dit, même n'importe quoi, la parole est libre), le relevé de décision précise uniquement qu'un congrès extraordinaire est convoqué. Même si des indications sont données quant aux pistes de réflexion pour le débat d'orientation, il n'est fait dans ce relevé de décision aucune restriction quant à l'application des statuts. Et c'est heureux. Ces statuts définissent clairement l'ordre du jour d'un congrès : "Les communistes procèdent en congrès aux choix d’orientation et à l’élection des comités exécutifs locaux, des instances départementales et nationales du Parti."
A chaque niveau, en commençant par la section, nous devons donc mener maintenant un profond débat d'orientation et élire notre exécutif. Point barre.
Nous sommes à un tournant de notre histoire, nous n'avons plus le temps de composer ou de tergiverser. Le PCF peut et doit mobiliser les ressources et contributions théoriques nécessaires pour définir le projet politique du communisme au 21ème siècle, véritable alternative au capitalisme mondialisé et financiarisé, et boussole indispensable pour une gauche qui ne sait plus où elle est et s'enlise dans les marécages de la "transformation sociale"...
Philippe Lelong
Le PCF n'est pas à un tournant de son histoire. Il est à la fin de son histoire.
Surtout n'oubliez pas la laïcité et le matérialisme dans vos prières.
Ce n'est pas un congrès qu'il faudrait au PCF c'est une véritable révolution. Ce dont il est incapable. On prend les mêmes et on recommence.
Que peut-on attendre d'individus qui sont formatés. Qui sont incapables de faire autre chose que ce qu'ils ont fait jusqu'à présent.